Discours de Serge BABARY au congrès des Maires

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Congrès des Maires d'Indre et Loire

« La Commune pour combien de temps encore ? »

 

 

« La Commune pour combien de temps encore ? »

 

Mesdames, Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs les Maires d’Indre et Loire,
Chers Collègues,
Chers Amis,

 

Je suis très heureux de vous accueillir ce matin pour l’ouverture de ce 70ème congrès des maires, et je vous souhaite une chaleureuse bienvenue, au nom de la municipalité de Tours.

 

Difficile de ne pas avoir de pensées pour les nombreuses victimes en cette période encore marquée par les événements tragiques de ces dernières semaines. Puissions-nous rester unis et solidaires, par-delà de nos différences, face à la lâcheté et l’horreur du terrorisme.

 

La commune est incontestablement le meilleur espace d’expression de ces relations fondées sur un socle de valeurs communes, ce qui nous renvoie à l’intitulé de notre congrès « La commune pour combien de temps encore ? »

Un titre qui, immanquablement, nous interpelle et qui porte une forme d’inquiétude en filigrane. Comment, en effet ne pas s’interroger sur le rôle et la place des communes comme de leur pérennité, à l’aune des nouvelles dispositions réglementaires, et singulièrement de la loi NOTRE.  Si elle est synonyme d’une dynamique engagée et d’une évolution institutionnelle inévitable et sans doute souhaitable, cette loi doit néanmoins respecter les équilibres et appréhender la singularité de chaque institution ou collectivité.

Car l’on peut en effet s’interroger : que va-t-il rester de nos communes et comment assurer l’équilibre entre les territoires sans affaiblir ces dernières ? Je crois que personne ne peut remettre en cause aujourd’hui  l’intérêt des mutualisations et regroupements communautaires en marche. Nous avons à gérer autrement nos collectivités, dans le sens d’une mise en commun des compétences et des moyens, afin d’optimiser la gestion face à la raréfaction des ressources et dotations de l’Etat. Une exigence, une tendance que personne ne peut remettre en question, car elle répond à une réalité du terrain et aux besoins des populations : la capacité à porter des grands projets structurants sur un bassin de vie au bénéfice du plus grand nombre et au sein d’espaces de coopération dans lesquels on doit dépasser les clivages et les couleurs politiques pour servir l’intérêt général.

Les exemples sont nombreux, partout, ici pour illustrer l’intérêt de cette dynamique communautaire.

Et je crois pouvoir dire que cette dynamique est engagée sans affaiblir ni nier l’existence des communes. Ainsi Tours, au sein de la Communauté d’agglomération Tour(s)Plus et les 21 autres communes qui y sont regroupées se nourrissent et s’enrichissent des atouts et des leviers d’attractivité qui sont ceux du territoire et des communes. Par exemple, la promotion économique indispensable à la création de richesses, ne s’entend que parce qu’elle embrasse un espace qui associe urbain et rural, et tiens compte des répartitions passées et des évolutions de territoires.

Il faut en effet impérativement respecter l’équilibre entre les territoires, en considérant leur nécessaire interaction, leur enrichissement mutuel dans le cadre de la complémentarité de leurs champs d’actions  Pourquoi, en effet, opposer communes et agglomérations ; urbain et rural ? L’identité de notre département est fondée sur cette harmonie, cet équilibre entre les territoires ; Il ne faudrait pas que l’exigence des services communs et de la mutualisation, de la pression qui pèse sur les collectivités et je veux parler de pression financière s’exercent aux détriments des communes. Il ne faudrait pas qu’un légitime développement des EPCI et des  régions ne laisse la commune de côté.

A la lecture de la loi NOTRE, l’on pourrait s’inquiéter du silence autour de cet échelon de proximité. Le transfert de compétences, mouvement déjà engagé et fortement encouragé pour les années qui viennent, ne va-t-il pas trop brutalement ou de manière autoritaire enlever aux communes une part de leurs missions essentielles ou de leur légitimité ?

Et pourtant ! La commune reste un niveau de représentation et de gestion indispensable dans le paysage institutionnel française. De tous les acteurs publics, je rappelle que le Maire demeure le plus connu et le mieux apprécié, échappant au discrédit d’une grande partie de la classe politique. Et ce n’est pas un hasard. Le Maire est à la foi représentant et médiateur social, il est l’interlocuteur privilégié des administrés qui se tournent souvent vers lui parce qu’il est à la fois proche, accessible, disponible et considéré comme l’ultime recours  à la détresse.

Mais la commune, vous le savez,  constitue aussi le territoire d’expression des aspirations quotidiennes, au plus près des préoccupations essentielles qui sont celles de notre société qui a tant besoin de rassembler, de réconcilier, de rassurer et d’accompagner concrètement les administrés, et notamment les plus fragiles.

La commune représente, en outre, le niveau de base de la vie politique, terreau de la vie associative, berceau d’une démocratie participative fondée sur un dialogue, des échanges qui se nourrissent du quotidien. Enfin, les communes assument les compétences qui elles-mêmes se justifient par la proximité avec celles et ceux qui en bénéficient ; des services qui impliquent immanquablement un lien direct avec le citoyen et non transférables à des échelons plus éloignés. Je pense bien sûr à l’Etat Civil, le logement ou la sécurité.

Oui, chers Collègues, sans opposer les territoires, sans contredire le rôle de chacun et l’intérêt manifeste d’encourager toutes les formes de coopération, je crois qu’il nous faut dans un même temps défendre la commune pour ce qu’elle est ; et réaffirmer son incomparable enracinement dans le territoire national. Et il ne s’agit pas de cultiver une nostalgie ou un réflexe corporatiste,  il s’agit au contraire d’un regard porté vers l’avenir, dans le contexte qui est le nôtre aujourd’hui face à la suspicion ou à l’ironie qui pèse sur la classe politique et face à une forme de désenchantement de nos concitoyens par rapport à la chose publique pour ne pas dire un désintéressement.

Je crois qu’il nous faut justement replacer la commune et les élus de proximité que nous sommes au cœur de la relation entre population et institutions, parce que nous sommes probablement les derniers remparts face à une certaine dérive, celle d’une rupture inquiétante entre nos concitoyens et nos institutions.

Oui au quotidien, la commune demeure un acteur stable, crédible, d’une démocratie incarnée. Elle est aussi le lieu de construction et d’expression d’une citoyenneté autour d’une communauté de destin inscrit dans une histoire, une mémoire collective.

En conclusion, la loi NOTRE, bien que plutôt silencieuse sur le sort qu’elle réserve aux communes, doit nous interpeller collectivement, nous qui en sommes les représentants. En effet, en ajoutant des textes aux textes, il nous faut constater que par le jeu des vases communicants, elle renforce les EPCI ; Eric Orsenna, s’exprimant devant le grand rassemblement des maires de France, le 18 novembre dernier, et parlant de la clarté des réformes, utilise ces mots : « un millefeuille, ce n’était déjà pas mal, mais si l’on y rajoute un mikado, cela devient indigeste ! ».  Nous ne pouvons pas être hostile à une réforme, à un transfert de compétence, à la mutualisation, mais comment cette réforme peut-elle s’opérer de façon généralisée sans appréciation des spécificités territoriales, historiques, géographiques identitaires. Nous ne pouvons pas aller contre la réforme, mais il nous faut l’accompagner, afin d’éviter l’écueil de la marche forcée, celle qui oublierait qui nous sommes ! Ensemble, faisons vivre la nécessaire solidarité des territoires pour que vivent nos communes.

Merci de votre attention et bon congrès à toutes et à tous.

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